Créer un Comité de Direction

Paroles d'expert

15 avril 2021

Par Damien Leblond

Vous n’avez pas atteint vos limites, non, mais vous les tutoyez plus souvent.
Et plus souvent, vous gagne le sentiment d’être, sinon dépassé, du moins débordé… en surchauffe !
Aussi avez-vous pris la décision de muscler la direction de votre entreprise.
Pas en recrutant un directeur général, mais en créant un comité de direction.

Vous savez disposer dans vos équipes de potentiels disponibles pour en faire plus. Vous savez pouvoir compter sur des femmes et des hommes qui comptent pour vous, que vous connaissez, qui connaissent votre entreprise, qui s’y sont investis. C’est décidé, vous allez constituer un comité de direction. Vous reste à bien le faire.

Qui ?

Alors ? À qui allez-vous proposer de siéger dans cette nouvelle instance ?

Préférentiellement, à ceux qui portent dans votre entreprise une responsabilité stratégique, hiérarchique ou non, une responsabilité qui impacte son avenir à moyen ou long terme.

Il appartient au dirigeant d’identifier les fonctions qui répondent à un tel critère dans le cadre de son projet d’entreprise.

Mais parmi ceux qui assument ces fonctions, tous n’ont pas le profil pour être membres d’un comité de direction. Ceux qui y participeront auront à franchir un palier. Encore faut-il qu’ils en aient le potentiel.

Question de personnalité donc, de savoir-être – les soft skills !

Nous en évoquerons trois :
• La capacité à endosser le costume de dirigeant.
• L’assertivité.
• L’esprit d’équipe.

Endosser le costume de dirigeant

Les personnes pressenties ont-elles le potentiel pour passer d’une posture de responsable à une posture de dirigeant ?

Un “responsable” est chargé de la bonne organisation et exécution du travail. Pour cela, il distribue le travail, encadre et contrôle ceux qui l’exécutent, résout les problèmes quotidiens…

Un “dirigeant”, lui, conçoit le devenir de son secteur. Il imagine et met en œuvre les pratiques et actions pour progresser dans cet objectif. Bref, il donne du sens : une orientation ou une direction bien sûr, mais aussi une signification. Il est agent et pilote du changement.

En un mot, un membre du comité de direction doit être apte à participer à la conception des évolutions de l’entreprise à moyen terme, et à celle de leurs mises en œuvre.

Dans l’action, au quotidien, l’efficience d’un dirigeant dépend de la labilité de son zoom : capable de se focaliser sur le problème présent, soucieux d’efficacité immédiate, il n’en perd pas pour autant de vue l’objectif de progrès à moyen terme : chacune de ses décisions ou actions reste orientée par lui.

L’assertivité

Dans un comité de direction, à quoi bon un participant qui n’affirmerait pas un point de vue propre ?

Encore faut-il être capable d’élaborer un point de vue personnel ! Et y travailler ! Pendant les réunions du Codir, la qualité de la participation de chacun dépend de la qualité de sa préparation. Il y faut un certain goût de la réflexion, de l’exigence pour creuser les sujets prévus par l’ordre du jour, même ceux qui ne relèvent pas de ses compétences spécifiques, du périmètre de ses responsabilités. Le point de vue d’un technicien sur le marketing peut être novateur, et celui du gestionnaire décoiffer !

Dans une attitude assertive, capacité d’affirmation et sincérité de l’écoute se conjuguent. Il s’agit d’exprimer sa pensée et  d’entendre celle des autres, d’être convaincu mais pas dogmatique. Confronter les idées, ce n’est pas s’affronter. Débattre n’est pas se battre, mais réfléchir ensemble. Dans une dynamique collective créative, les points de vue différents se complètent et s’enrichissent plus qu’ils ne s’opposent et s’excluent.

L’esprit d’équipe

Un comité de direction est une direction plurielle, c’est sa richesse, plurielle mais une, unie. Ses membres doivent travailler en équipe.

Un premier point de repère : il y a équipe lorsque chacun de ses membres pense spontanément en utilisant le “nous” : « Nous avons progressé… Nous n’assurons pas un suivi suffisant de nos décisions… ».

Un second point de repère : il y a équipe lorsque se multiplient les relations (de coopération) bilatérales entre chacun, quand chacun est disponible pour contribuer au succès de l’autre. Chaque réussite d’un membre du comité de direction conforte la légitimité de celui-ci. Chaque échec l’ébrèche.

Ainsi choisirez-vous les membres de votre comité de direction pour leur prédisposition à se constituer en équipe, pour leur capacité à être et s’afficher solidaires.

Solidaires entre eux bien sûr, mais aussi, et peut-être surtout, solidaires des décisions entérinées par le comité de direction.

Avant la décision, répétons-le, chacun a non seulement le droit, mais surtout le devoir de défendre ses idées ; mais, une fois la décision arrêtée, son devoir devient de tout mettre en œuvre pour que celle-ci réussisse – quand bien même ce n’est pas celle qu’il aurait prise.

Là encore, l’emploi spontané du “nous” sera symptomatique, notamment quand un membre du comité de direction communique avec ses collaborateurs. Celui qui dit « ils ont décidé », ou « il (le “patron”) a décidé », celui-là se désolidarise implicitement de la décision. À la différence de celui qui l’assume pleinement : « nous avons décidé ». Une décision du comité de direction est par nature collective, quand bien même ce serait celle du patron.

Des femmes et des hommes, une équipe…

Alors ? À qui allez-vous proposer de vous rejoindre dans votre comité de direction ?

À des individualités que vous estimez capables d’évoluer, de franchir un palier. Hésitations et doutes sont bien naturels. Une seule erreur de jugement pourrait ruiner votre projet. Et évaluer les potentiels encore inexprimés des personnes pressenties est chose délicate.

Très délicate… et insuffisante ! Car c’est une équipe que vous voulez construire. Une équipe, c’est aussi une personnalité, un être vivant : qui naît, grandit, mature, vieillit… et meurt ! Bien plus complexe qu’une personnalité individuelle, cette personnalité d’un collectif est aussi à évaluer et, en l’occurrence, à évaluer avant même qu’elle soit née  !

Accompagner les dirigeants dans ces moments décisifs, éclairer leurs décisions, c’est notre expertise, c’est notre vocation, c’est notre passion, c’est notre quotidien…

Retrouvez les articles précédents de cette série :
Diriger dans un monde incertain
Ai-je besoin d’un Directeur Général ou d’un Comité de Direction ?
Comment choisir un Directeur Général ?

À suivre…
– Administrateur indépendant, un autre moyen pour sortir par le haut de la solitude du dirigeant.

 

 

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