PME ETI, diriger dans un monde incertain…

Paroles d'expert

25 février 2021

Par Damien Leblond

À quoi se fier ? À qui ? Gouverner c’est prévoir, répète-t-on… Admettons… Mais l’horizon est illisible ! Faut-il dès lors nécessairement piloter à vue, au jugé ? Ou pouvons-nous malgré tout anticiper ? Agir rationnellement ? Raisonnablement ? Avec quelque certitude ?

 

L’incertain règne sans partage. Le climat est déréglé, la météo affolée, la macroéconomie secouée de catastrophes qui l’une après l’autre semblent vouloir tout balayer sur leurs passages. “Gouverner” disions-nous ? Mais à la barre d’une PME malmenée par des forces qui la dépassent, le dirigeant, lui, il se prend des paquets de mer. Les éléments sont déchaînés. Jusqu’au plus haut niveau, dans une situation devenue incontrôlable, il peut sembler que nul ne dirige plus rien. Alors vous, à bord de votre embarcation, avec votre équipage qui attend tout de vous, tout de son capitaine, vous, vous vous posez des questions, forcément.

Quel cap choisir ? Quoi faire ? Le dos rond ? Réduire la voilure ? Subir ? Mais combien de temps est-il possible de résister ainsi ? Partout la tempête. Nul port où se réfugier pour attendre des jours meilleurs.

Ce n’est pourtant pas le moment de désarmer. Il y a des décisions à prendre, et plutôt des décisions rapides. Après réflexion…

Ce qui dépend de vous

Mais réfléchir à la conjoncture est souvent chose un peu vaine – voire démoralisante. Mieux vaut mobiliser votre intelligence à réfléchir à ce sur quoi vous pouvez agir, uniquement à ça, toute votre intelligence, et non à ce que devraient faire le gouvernement, la banque européenne, le bon Dieu… ou le maire de votre commune…

Ainsi avancent certains de mes clients. Eux ne sont pas des philosophes, ni des théoriciens. À simplement les observer et les accompagner, j’ai appris une chose : se concentrer sur ce qui dépend de soi est une bonne façon de réduire son niveau d’anxiété… et de rester entreprenant et efficace quand menace le sentiment d’impuissance.

Réfléchir donc à ce sur quoi vous pouvez agir…

Car vous pouvez agir. Et puisque vous le pouvez, vous le devez.

Mais à quoi peut-on s’attendre ? À tout ! On peut s’attendre à tout. Conséquence ? Il faut être prêt à tout ! Se préparer à tout. Comme l’automobiliste consciencieux avant un long déplacement : pression des pneus, système de freinage, amortisseurs, niveau d’huile…

N’étant assuré de rien, vous devez vous assurer de l’état de votre embarcation, de votre entreprise, et en premier lieu de l’état du gouvernail. Car votre poste est là, d’abord là, au gouvernail.

Gouvernail, gouvernance…

S’assurer de l’état du gouvernail, c’est déjà vérifier sa robustesse.

Et le gouvernail, dans une large mesure, c’est vous-même, le dirigeant.

Êtes-vous solide ? Êtes-vous sûr ? Êtes-vous fiable ?

Si vous éprouvez un sentiment de solitude à votre poste, si vous pensez ou constatez que tout repose sur vous, sur vos seules épaules… alors, vous êtes le point de vulnérabilité de vos propres projets… Et il vous appartient de vous protéger de vous-même, de protéger votre entreprise de vos propres limites, de vos défaillances éventuelles…

Entre deux entretiens de recrutement, pendant une pause, certains dirigeants me confient subrepticement éprouver un lourd sentiment de solitude. Ce n’est pas une fatalité. Vous pouvez et devez y remédier : non pour rogner votre pouvoir de décision, mais pour l’aiguiser et pour l’étayer… Nous y reviendrons dans de prochains billets…

Parler de gouvernail, c’est parler de “gouvernance”. Êtes-vous maître de votre véhicule ? Répond-il efficacement à vos moindres sollicitations ? Sans inertie ? Avec précision ?

La plus inspirée des lois demeure stérile sans “décrets d’application” rapides et efficaces, ou si elle s’embourbe dans les inerties d’une administration immobiliste.

C’est vrai, votre entreprise n’a pas grand-chose d’une administration ventrue. N’empêche ! Si proche soyez-vous de l’action, si proche de vos hommes, il y a la tête et les jambes. Et c’est parfois la mise en œuvre qui pêche : sur le terrain, au quotidien, dans le détail.

Armer votre navire

Or, plus les temps sont capricieux et l’état des routes incertain, plus il est crucial de disposer d’équipes capables de réactions ajustées et rapides, de réflexes coordonnés et précis, bref, d’un haut niveau de cohésion dans l’action, même improvisée…

Le monde de demain n’est pas pour demain. Et tous n’en seront pas. Votre meilleure chance d’y avoir votre part, c’est de travailler sur votre entreprise, et de le faire dès aujourd’hui, comme une équipe sportive de haut niveau se livre à un travail foncier bien avant la compétition, sans se préoccuper du tirage au sort qui la favorisera ou non. Elle n’y peut rien…

Généralement, dans une PME, il y a mieux à faire que de se regarder le nombril : d’abord, s’intéresser à ses clients, scruter le marché, les signaux faibles émis par l’environnement économique. Généralement… Généralement, mais pas aujourd’hui ! Les analyses conjoncturelles sont devenues purement spéculatives, arbitraires. Mieux vaut mesurer objectivement ses forces internes, analyser rationnellement ses faiblesses et ses atouts… réfléchir à ce sur quoi on peut agir, puis tout faire pour être prêt à tout.

Les temps sont désarmants ? C’est donc le moment de s’armer. Armer un navire, c’est l’équiper, le pourvoir de tout ce dont il a besoin pour prendre la mer (Le Grand Robert).

À suivre…
Ai-je besoin d’un Directeur Général ou d’un Comité de Direction ?
Comment choisir un Directeur Général ?
– Comment créer un CODIR efficace ?
– Administrateur indépendant, un autre moyen pour sortir par le haut de la solitude du dirigeant.

 

 

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