PME ETI, pour relever les défis : un directeur ? une direction ?

Paroles d'expert

11 mars 2021

Par Damien Leblond

Vous êtes chef d’entreprise. Complexité de la crise présente ou exigences de votre croissance, vous ne pouvez plus suffire à tout. La solitude du dirigeant devient sa faiblesse… Il vous faut des relais, des appuis… Avez-vous songé que vous avez deux possibilités : créer un poste de “directeur général” ou créer un “comité de direction”. Deux choix très différents. Le vôtre marquera la personnalité de votre entreprise et déterminera durablement vos résultats. Parlons-en…

 

Nombreux sont les dirigeants que j’accompagne à me confier des interrogations, parfois des ruminations nocturnes. Les motifs sont divers. Certains envisagent des mois difficiles et s’interrogent sur la résilience de leurs équipes, ils se demandent si elles seront suffisamment réactives et agiles pour s’adapter promptement à l’imprévisible. Dans un environnement plus favorable, d’autres murissent des objectifs de développement, mais ne sont pas assurés de disposer des ressources internes nécessaires. Et même le succès peut inquiéter, même une croissance soutenue être porteuse de questionnements : l’entreprise ne va-t-elle pas bientôt subir cette croissance au lieu de la porter et de la dominer, notamment l’encadrement ?

Les situations sont diverses, mais ces dirigeants rencontrés au fil des missions ont un point commun avec vous : comme eux, si vous réfléchissez à des changements d’organisation, de gouvernance, c’est toujours pour préparer l’avenir – et pour le préparer au présent, et concrètement.

Vous êtes de ces entrepreneurs qui conjuguent pragmatisme et réflexion… C’est comme ça que vous avez réussi, en agissant de façon décidée.

Mais rien ne va de soi. Que l’environnement soit méconnaissable ou que vous passiez en division supérieure, les recettes des réussites antérieures ne garantissent pas les succès futurs. La pression est tout autre. Et puis, vous le sentez, vous ne pouvez plus être en personne au four et au moulin, en clientèle et derrière chacun, à la direction et aux fourneaux… Pour que votre entreprise passe un palier, vous-même devez prendre de la hauteur, et vous centrer sur les fonctions régaliennes, celles dont dépend l’avenir à moyen et long terme.

Dans cet objectif, deux voies se proposent : vous adjoindre un second, un directeur général, ou vous entourer d’un premier cercle, créer un comité de direction.

Entre ces deux possibilités, quelle est la meilleure ?

Comme régulièrement, l’essentiel est de se poser la question, d’envisager sérieusement chacune de ces possibilités.

Mais quels sont les bénéfices potentiels de chacune ? Et ses risques ?

Un directeur général…

Créer un poste de directeur général…

L’objectif sera de construire avec la personne choisie un binôme de direction “enrichi”, mais qui préservera l’efficacité d’une direction resserrée. Pas de dilution des responsabilités. Pas de réunionite. Pas de discussions ou polémiques tortueuses. Chacun doit rester concentré sur ses tâches, sa mission, ses objectifs… bref, sur son travail ! Le risque de l’opération ? Mieux vaut ne pas le sous-estimer. Créer un poste de directeur général frustrera certains des meilleurs. Rares sont ceux qui acceptent gaiement qu’un grand prêtre s’interpose entre Dieu et eux. Et d’être ainsi éloignés du centre de décision.

Une direction…

Créer un comité de direction…

L’objectif est de créer une équipe qui agrège les compétences individuelles pour se constituer en intelligence pluridisciplinaire : production et commercial, gestion et RH… Cette équipe saura faire vivre les décisions dans tous les départements et à tous les niveaux. Symétriquement, elle nourrira le cerveau de l’organisation des informations “remontées du terrain”. Le risque ? Que ce comité devienne la cour qui isole le souverain et l’éloigne de son peuple, ou une caste jalouse de ses prérogatives.

Alors ? Quelle décision ?

Alors ? Un directeur général ou un comité de direction ?

Vous le devinez, tout dépend de la nature de votre entreprise, de son environnement, de son histoire et sa culture, de votre projet, des talents dont vous disposez et de vos capacités de recrutement… bref, tout dépend de tout.

Tout dépend de tout, mais surtout de vous ! De votre personnalité.

Alors, pour cette fois, soyez “égocentré”.

La bonne organisation est celle où vous vous sentirez bien, qui convient le mieux à votre personnalité, notamment à votre mode relationnel préférentiel.

Relations plurielles ou relation singulière

Certains sont beaucoup plus à l’aise dans des relations duelles, dans les tête-à-tête, d’autres dans des relations plurilatérales, dans les interdépendances d’un groupe.

Si vous êtes des premiers (relations duelles), optez plutôt pour la création d’un poste de directeur général. Si vous êtes des seconds (relations plurilatérales), plutôt pour la création d’une équipe de direction.

Quelques questions vous aideront à vous situer.

Enfant ou adolescent :
vous aviez un ou quelques amis,
ou vous faisiez partie d’une bande, d’un groupe ?

Vous êtes plus rapidement fatigué ou crispé :
dans le brouhaha d’une discussion de groupe où s’expriment de multiples points de vue,
ou dans la concentration d’un tête-à-tête où l’attention de chaque interlocuteur est exclusive et constante ?

Pendant une réunion :
vous avez souvent des échanges en aparté avec une personne du groupe,
ou vous tenez à vous adresser à l’ensemble des participants, et écouter tout ce qui se dit, à être entendu de tous ?

Pour mettre fin à une insatisfaction dans votre entreprise :
vous organisez des entretiens individuels,
ou vous organisez une réunion ?

Vous êtes plus à l’aise dans les entretiens commerciaux :
quand vous êtes seul face à un interlocuteur unique,
ou quand plusieurs membres de votre équipe rencontrent plusieurs interlocuteurs de l’entreprise cliente ?

Vous trouverez d’autres questions pour identifier votre mode relationnel préférentiel. Serez-vous plus à l’aise dans une relation intense et exclusive avec un directeur général ou au sein d’un comité de direction pluriel ?

Pour une fois, écoutez ce que le cœur vous en dit…

Sera bon pour votre entreprise ce qui sera bon pour vous. L’important est de créer les conditions pour vous exprimer à votre plus haut niveau, celles qui vous permettront de vous concentrer sur vos domaines d’excellence. Au fond, et pour dire les choses autrement, votre entreprise, elle doit continuer de vous ressembler.

Retrouvez le premier article de cette série :
Diriger dans un monde incertain

À suivre…
Comment choisir un Directeur Général ?
– Comment créer un CODIR efficace ?
– Administrateur indépendant, un autre moyen pour sortir par le haut de la solitude du dirigeant.

 

 

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