Vous recherchez un candidat ayant… L’esprit de décision

Idées reçues

14 octobre 2020

Par Rami Kechteil
Suite de notre série sur les “envers” des “endroits”…

Votre prochain collaborateur devra affirmer un solide esprit de décision… Est-ce à dire que son futur poste demande de ne pas tergiverser, de réagir rapidement, de trancher ? Ou s’agit-il plutôt de prendre ses responsabilités au moment voulu et après mûre réflexion ? Dans tous les cas, vous voulez un homme – une femme – de décision. Bien. Mais pas d’un casse-cou, n’est-ce pas ?

“Réactivité” et “esprit de décision” ne sont pas synonymes. Un incendie se déclare. Pas une seconde à perdre. Vite, l’extincteur. Pas besoin d’analyser la situation, d’ouvrir un tableur !

Utiliser immédiatement l’extincteur ne relève pas de l’esprit de décision, plutôt de la réactivité.

La différence ? L’esprit de décision suppose un temps d’analyse, bref ou approfondi, mais une réflexion, toujours.

Parce qu’une décision, c’est un choix réfléchi. Une décision suppose des alternatives, d’autres possibilités… qu’elle sacrifie. Disons-le autrement : une décision qui s’impose n’en est pas une !

Ainsi, appliquer mathématiquement une règle n’est pas une décision.

Notre règlement intérieur stipule que tout acte violent sera sanctionné d’un licenciement. Je n’ai pas de décisions à prendre. J’agis.

c’est dans les situations indécises
que l’esprit de décision fait la différence

Il n’en va pas toujours ainsi. Licencier une personne est souvent une décision difficile, parfois même douloureuse. Ce collaborateur ne peut-il pas s’amender, ou ce commercial améliorer bientôt ses résultats ? Et que va-t-il devenir si nous nous en séparons ? Et suis-je assuré de “trouver mieux” ?

Licencier est souvent une décision (discutable), recruter l’est presque toujours. Dois-je recruter ? Les perspectives sont-elles si assurées ? Ce candidat tiendra-t-il toutes ses promesses ? Pourquoi le choisir lui et pas elle ?

Décider, c’est trancher sans avoir toutes les billes, sans maîtriser tous les paramètres, ni pouvoir mesurer toutes les conséquences… C’est prendre le risque d’une erreur.

C’est dans les situations indécises que l’esprit de décision fait la différence.

La crainte de l’erreur et celle de l’échec sont des inhibiteurs de l’esprit de décision. Comme un sens des responsabilités sourcilleux ! On l’admettra, décider et agir sans se soucier des conséquences, ce serait être… inconséquent. Dilemme : le sens des responsabilités exige pourtant de prendre ses décisions : courageusement, sans trop différer. Dans les situations incertaines, prendre des décisions, c’est prendre ses responsabilités : donc en assumer par avance toutes les retombées, les contrecoups… les reproches et les critiques des planqués – aux aguets.

S’ils sont des inhibiteurs de l’esprit de décision, anticipation des problèmes et crainte des erreurs ne le paralysent pas, pas chez les responsables entreprenants. Envisager les risques et les échecs possibles n’immobilise pas ces derniers. Mais puisqu’ils ne sont pas inconséquents, ils anticipent, ils réfléchissent aux problèmes potentiels. Non pour se réfugier dans l’indécision, mais pour prévoir des plans B, et des plans C… pour être prêts à faire face à de probables circonstances contraires. Ce sont des décideurs audacieux, pas des casse-cous.

l’esprit de décision prend l’initiative

À quoi reconnaître une personne sans grand esprit de décision ? À ce qu’elle ne commet pas d’erreurs !

Il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent jamais”… Disons plutôt “ceux qui ne décident rien…

Vous voulez stimuler l’esprit de décision d’une personne ? Alors, avec elle, n’évoquez pas le droit à l’erreur, mais plutôt le devoir d’en commettre, pas des étourderies bien sûr, ni des fautes, mais des erreurs de jugement, d’analyse. Tu n’as pas commis d’erreurs cette année ? C’est que tu n’exerces pas ton jugement – ou pire, que tu n’agis pas en fonction de ce jugement !

À quoi reconnaître une personne armée d’un solide esprit de décision ?

À ce qu’elle prend des décisions, pardi. Mais à la différence des autres, pas seulement quand se présente un problème incontournable, une insatisfaction inacceptable… quand les choses ne peuvent pas durer ainsi. Elle prend des décisions même lorsque tout va bien, ou pas si mal après tout, elle les prend avec l’ambition d’améliorer la performance ou le bien-être, la qualité ou la rentabilité… pour évoluer, pour progresser…

Une décision n’est pas nécessairement une réponse (à un problème), ce peut être une proposition, un projet, une ouverture…

“Réactivité” et “esprit de décision” ne sont pas synonymes. Ne se satisfaisant pas d’être réactif, l’esprit de décision prend l’initiative. Il est à son plus haut niveau créatif.

 

 

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