Et si vos vacances révélaient quelque chose de votre entreprise ?

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28 août 2026

Vous dirigez une PME. Vous êtes en vacances depuis trois jours et, comme beaucoup de dirigeants, vous n’avez pas complètement disparu… 

Le téléphone est posé sur la table. Vous regardez rapidement vos mails. Rien de grave. Un client important a néanmoins posé une question. Vous répondez. Puis un collaborateur vous envoie un message : « Désolé de te déranger, mais j’ai besoin de ton avis sur… » Vous l’appelez. Dix minutes. Un peu plus tard, une décision doit être prise sur un dossier sensible. Vous connaissez parfaitement le sujet. Là encore, quelques minutes suffisent. 

À la fin de la journée, vous n’avez finalement pas beaucoup travaillé. Et vous pouvez même éprouver une certaine satisfaction : heureusement que vous êtes resté joignable. Difficile de vous donner tort. 

Dans une PME, le dirigeant occupe souvent une place particulière. Il connaît personnellement les clients importants, les collaborateurs, l’histoire des dossiers. Certaines informations ne sont pas dans le CRM ou dans un reporting : elles sont dans sa tête. Il peut arbitrer en quelques minutes un sujet sur lequel d’autres hésiteraient longtemps. Cette proximité avec l’entreprise fait partie de sa force. 

Mais lorsque vous répondez en dix minutes à une question que votre équipe aurait mis une heure à résoudre, vous avez indiscutablement fait gagner cinquante minutes à l’équipe… pour cette fois. 

Que se serait-il passé si vous n’aviez pas répondu ? Quelqu’un aurait dû chercher l’information, consulter un collègue, prendre position, appeler le client. Peut-être aurait-il moins bien décidé que vous. Peut-être même se serait-il trompé, mais il aurait appris. 

C’est le paradoxe de l’hyper-engagement : plus un dirigeant est efficace pour résoudre les problèmes de son entreprise, plus il devient naturel de lui demander de les résoudre. Le problème n’est donc pas seulement qu’une PME puisse être dépendante de son dirigeant. C’est que le dirigeant peut, par son efficacité même, entretenir cette dépendance.

Imaginez maintenant la même scène. Vous recevez un message, mais cette fois vous ne répondez pas. Non par principe : vous êtes simplement parti vous baigner. Deux heures plus tard, vous reprenez votre téléphone : « C’est bon, on a réglé le sujet. » 

Quelqu’un a décidé sans vous. 

C’est peut-être l’un des intérêts méconnus des vacances du dirigeant : elles font temporairement disparaître sa disponibilité habituelle. Et permettent ainsi de distinguer les sujets pour lesquels il est réellement indispensable de ceux qui remontent jusqu’à lui simplement parce qu’il est disponible. 

Dans le premier cas, vous exercez votre rôle. Dans le second, vous devenez progressivement le raccourci préféré de votre organisation. 

Pourquoi l’équipe renoncerait-elle à ce raccourci ? Demander au dirigeant est souvent plus rapide, réduit le risque de se tromper et transfère une partie de la responsabilité de la décision. Mais le mécanisme fonctionne aussi dans l’autre sens : pour le dirigeant, répondre est souvent plus rapide que laisser faire. Vous connaissez le dossier, voyez immédiatement la solution et sécurisez le résultat. 

Tout le monde y gagne en apparence. Une habitude peut ainsi s’installer sans que personne ne l’ait véritablement décidée : l’équipe apprend qu’il est plus simple de demander, le dirigeant qu’il est plus simple de répondre. Et l’organisation finit par confondre la disponibilité de son dirigeant avec la nécessité de son intervention.

À votre retour de vacances, la question intéressante n’est donc peut-être pas de savoir combien de fois vous avez été dérangé, mais pourquoi vous l’avez été. Qu’est-ce qui ne pouvait réellement pas attendre ? Quelle décision exigeait votre intervention ? Quelle information n’existait que dans votre tête ? Et, à l’inverse, quels sujets ont finalement été réglés sans vous ? 

Ce sont peut-être ces derniers qui méritent le plus d’attention. Un collaborateur a décidé, un manager a arbitré, quelqu’un a appelé le client. Une erreur a peut-être été commise puis corrigée. L’entreprise a trouvé son chemin, sans vous. 

Il ne s’agit évidemment pas de rendre le dirigeant inutile. Dans une PME, certaines décisions lui appartiennent et certaines responsabilités ne se délèguent pas. L’enjeu est de savoir si un sujet arrive jusqu’à vous parce que vous êtes indispensable pour le traiter ou simplement parce que vous êtes disponible pour le faire. 

L’hyper-engagement d’un dirigeant reste une force. Mais pendant vos vacances, ne regardez peut-être pas seulement les problèmes que vous avez résolus à distance. Regardez aussi ceux que votre entreprise a appris à résoudre sans vous.

Damien Leblond

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